L’Association canadienne des producteurs de semences (ACPS) est hautement préoccupée par la décision d’Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC) de fermer sept installations de recherche à travers le pays. Cette mesure entraînera de lourdes conséquences pour le système semencier, l’innovation en matière de cultures et la compétitivité du secteur agricole.
Le gouvernement fédéral indique que ces fermetures se traduiront par des économies annuelles modestes d’environ 4 à 5 millions de dollars. Toutefois, les répercussions économiques seront vraisemblablement beaucoup plus larges, risquant de compromettre des centaines de millions de dollars de production agricole, tout particulièrement lorsqu’il s’agit de variétés mises au point avec une forte contribution du secteur public.
« Les semences sont à l’origine de pratiquement toute la production canadienne de cultures, soutient le directeur exécutif de l’ACPS, Doug Miller. Affaiblir la capacité de recherche publique aura des répercussions à tous les échelons du système, dont la sélection de végétaux, l’enregistrement de variétés, la production de semences certifiées, la productivité agricole et la compétitivité des exportations. Ces fermetures généreront des économies à court terme, mais leurs conséquences à long terme seront largement plus coûteuses. »
Le contexte agricole canadien est l’un des plus diversifiés et complexes au monde. Au fil des ans, les activités gouvernementales de sélection de végétaux et de recherche appliquée ont joué un rôle déterminant dans la création de variétés de haut calibre et bien adaptées aux conditions de production. Les agriculteurs canadiens ont ainsi été en mesure de demeurer concurrentiels en dépit des variations climatiques, des maladies émergentes et des exigences strictes des marchés mondiaux.
En 2024 uniquement, les grandes cultures canadiennes ont généré 35,7 milliards de dollars en recettes monétaires agricoles, ainsi que des exportations de 26,8 milliards de dollars. Ce succès repose en bonne partie sur des variétés développées par le secteur public. Il s’agit de cultures comme le blé, l’orge, l’avoine, les légumineuses et les cultures spécialisées, où les investissements privés ont été insuffisants pour répondre aux besoins nationaux à long terme.
L’ACPS craint particulièrement que ces fermetures affaiblissent encore davantage la capacité du Canada à mettre au point des variétés à un stade avancé, et non seulement à un stade de recherche précoce ou préalable à l’étape de la sélection.
L’histoire nous enseigne qu’un recul du secteur public en matière de sélection de végétaux prêts à utiliser vient affaiblir l’innovation, creuser un fossé entre la recherche et la réalité des fermes, et limiter l’accès des producteurs à des variétés améliorées.
« On ne peut simplement interrompre puis relancer un programme de sélection de végétaux, affirme M. Miller. La mise au point d’une nouvelle variété s’étend sur une dizaine d’années. Il sera extrêmement difficile de rétablir le savoir-faire, les installations et les programmes adaptés aux particularités régionales. »
Les producteurs de semences se fient à un approvisionnement stable et prévisible en nouvelles variétés qui sont le fruit d’une collaboration étroite entre les sélectionneurs, les pathologistes, les agronomes, les spécialistes de la qualité et les autres membres de la chaîne de valeur. De plus, les programmes de recherche gouvernementaux sont incontournables pour former la génération montante de scientifiques spécialisés en végétaux et soutenir le perfectionnement des technologies qui seront ensuite adoptées par le secteur privé.
Nous préconisons une approche équilibrée et typiquement canadienne, où le développement des variétés résulte d’investissements privés et publics complémentaires. Dans le secteur privé, les activités de sélection sont viables pour certaines cultures qui permettent un recouvrement des coûts. Le soutien du secteur public demeure cependant essentiel dans le cas de bon nombre des grandes cultures et cultures spécialisées les plus importantes au Canada.
Au cours des semaines et des mois à venir, nous consulterons les parties prenantes pour évaluer pleinement les implications de ces fermetures et envisager des avenues constructives pour l’avenir. Il faut tout d’abord reconnaître sans équivoque que l’affaiblissement de la recherche publique ébranle les bases du système semencier et menace la résilience et la compétitivité de l’agriculture canadienne.
Vendredi dernier, l’ACPS a réuni plus de 80 parties prenantes à tous les échelons de la chaîne de valeur agricole et semencière pour faire le point sur les préoccupations communes et les prochaines étapes en réaction à ces fermetures. Au cours des semaines et des mois à venir, nous travaillerons aux côtés de nos partenaires du secteur pour évaluer pleinement les implications de ces fermetures et envisager des avenues constructives pour l’avenir. Il faut tout d’abord reconnaître sans équivoque que la capacité de recherche publique constitue un investissement à long terme dans le rendement agricole et la compétitivité mondiale de l’agriculture canadienne.
Le système semencier est un actif national stratégique. Il nécessite des investissements soutenus dans la sélection de végétaux afin de garantir l’innovation et la productivité futures du secteur agricole.






